JUSTICE / Chemin de croix
par G.U.I.N.D.O.N.

JUSTICE / Chemin de croix

Parfaits inconnus il y a à peine trois ans, les deux membres du duo électro Justice ont maintenant la planète musicale à leurs pieds.

Révélés par le hit inespéré qu’est devenue la pièce Never Be Alone (une relecture du We Are Your Friends de Simian), ils ont enchaîné remix par-dessus remix pour des artistes comme Franz Ferdinand, Britney Spears et N.E.R.D. Et grâce à ce fantastique outil de promotion qui s’appelle MySpace, le combo a réussi l’exploit de faire entendre sa musique à au moins un million de personnes, avant même la parution de son premier album. Comment deux Parisiens, qui ont débuté en jouant des covers de Metallica et de Green Day au sein de «groupes vraiment mauvais» (dixit les principaux intéressés), ont-ils accompli ce tour de force?

Pour Gaspard Augé (le grand moustachu du groupe, Xavier de Rosnay étant le petit aux favoris démesurés), la réponse est assez simple. «C’est une espèce de brainstorming perpétuel. On habite ensemble, on sort ensemble, on fait tout ensemble. C’est une cellule dans laquelle on peut décider de tout à partir de notre appartement.» Le fait de partager le même toit est probablement de façon véritable un facteur déterminant de leur succès, mais il ne faudrait pas passer sous silence leur rencontre avec Pedro Winter. Aussi connu sous le nom de Busy P, il est l’ancien gérant des en-train-de-devenir-légendaires Daft Punk, et également le fondateur de l’étiquette de disques Ed Banger Records.

Il est celui qui remarqua le premier l’énorme potentiel de nos deux protagonistes, et qui leur donna la chance d’immortaliser leurs compositions sur vinyle d’abord, puis sur CD avec la parution du maxi Waters of Nazareth.


Grosse Cross

Cette dernière mouture a concrétisé la hype autour du duo, et tous les fanatiques de musique électro du monde se sont mis à baver d’impatience dans l’attente d’un album complet. Et ce qui devait arriver arriva. Au mois de juillet dernier est apparu sur les tablettes des disquaires l’album... euh... l’album... tsé... avec une croix, là... Au fait, comment s’appelle-t-il, cet album? «En fait, un truc qui nous amusait, c’était justement de pas lui donner de nom pour que les gens puissent l’appeler comme ils veulent. [...] Un peu comme l’album noir de Metallica ou sinon Dark Side of the Moon de Pink Floyd, où ni le nom du groupe ni le nom de l’album ne sont écrits sur la pochette. Y’a que le meilleur visuel du monde.» On peut donc le baptiser (notez cette superbe utilisation d’un mot appartenant au champ lexical chrétien) comme on veut: Cross, La Croix, Le Gros Plus Penché ou encore mon préféré: «Alt+0134 sur le clavier numérique».

Alt+0134 sur le clavier numérique était donc un des disques les plus attendus de 2007 et il répond tout à fait aux attentes. Dès les premières notes de la quasi gothique Genesis, en passant par la chorale enfantine de D.A.N.C.E. et par les rimes acharnées et suaves de la rappeuse Uffie sur The Party, on se rend compte que les Justice ont décidé de nous amener dans la plus tonitruante montagne russe musicale. Pas étonnant quand on connaît le processus de décision de l’ordre des pièces: ils ont tracé un diagramme de l’intensité de la musique en fonction du temps, pour arriver à leur fin.

Le sympathique moustachu explique: «Je ne me rappelle plus quelle était l’abscisse, et quelle était l’ordonnée, mais c’était vraiment essentiel parce qu’il y a des morceaux qui sont assez extrêmes. Qui sont soit très mélancoliques, soit très pop, ou soit très brutaux. Et c’était important de constituer une espèce de longue séquence avec suffisamment de liens entre les morceaux pour créer un genre d’”opéra-disco”, entre guillemets, pour que l’album soit fluide et qu’on amène l’auditeur dans un scénario avec une introduction, des moments-clés, et une conclusion à la fin.»

Quand on demande à Augé si cela fait de † un album-concept, il répond par la négative. «On n’aime pas le terme album-concept. C’est un peu trop intelligent. C’est pas qu’on veut faire de la musique stupide. En fait, on voulait faire un album que tu puisses écouter chez toi ou dans ta voiture.»

Justement, leur première écoute de la version finale de † s’est faite dans une voiture de location, au festival de Coachella en avril dernier. «...et on a trouvé que ça se prêtait vraiment très bien à un road trip dans le désert aux États-Unis.» C’est aussi dans le cadre de leur performance à ce même festival qu’ils ont inauguré leur «gros synthétiseur fait sur mesure».


Mystère et crucifixion

Quand on l’interroge sur la formule de leur spectacle, Gaspard Augé se fait mystérieux. «C’est certain que c’est du live dans la mesure du possible, mais en même temps, on n’est pas cinq sur une scène avec une batterie et une basse.[...] Comme tous les morceaux de l’album ne sont pas adaptés pour le live, pour garder une certaine intensité, on est obligés de rajouter beaucoup d’éléments de nos remix et tout ça. Avec nos séquenceurs et nos claviers, on peut en rajouter des couches et des couches.»

Pour les avoir déjà vus depuis le début de leur tournée, je peux vous dire qu’ils jouent derrière une sorte de promontoire en forme de croix illuminée qui ressemble étrangement à celle du Mont-Royal. Y aura-t-on droit lors de leur venue en sol montréalais le 19 octobre?
Pour l’instant, tout ce que l’on sait, c’est que le Métropolis sera survolté. On se souvient de la dernière visite de Justice, le 31 mars dernier au Club Soda… Toute l’équipe d’Ed Banger Records (Busy P, DJ Mehdi, Kavinsky, Sebastian) avait littéralement mis le feu dans la place, remplie à pleine capacité pour l’occasion. Je demande à mon nouveau pote Gaspard s’il se souvient de cette soirée, certainement l’une des plus torrides à Montréal cette année: «Certain que je m’en souviens! De toute la tournée, mais surtout de Montréal. C’était notre dernière date en Amérique du Nord. L’atmosphère était vraiment incroyable. Nous étions tous complètement fatigués, voire désinhibés, mais c’était une super soirée. Et je pense que c’était vraiment drôle pour les gens de voir huit débiles en même temps derrière les tables tournantes.»

D’ici leur visite qui approche à grands pas, nous aurons peut-être l’occasion de nous sustenter d’un nouvel extrait, cette fois-ci pour la pièce Stress, pour laquelle un vidéoclip est également prévu. La conception reviendra encore au prolifique So Me (le directeur artistique chez Ed Banger), notamment responsable des incroyables t-shirts qui se «mutationnent» dans le vidéoclip de D.A.N.C.E.. Il pourra s’y mettre, dès qu’il aura terminé le prochain vidéo de Kanye West.

Bien qu’il faille attendre jusqu’à décembre, les mordus pourront aussi mettre la main sur une compilation de la populaire série FabricLive, mixée par Augé et de Rosnay, actuellement en chantier.

Le mot de la fin revient à mon invité téléphonique. «Si on peut faire danser les gens, tant mieux, mais ce n’est pas notre but principal.
On veut faire de la musique qui va durer dans le temps.»
Ils sont plutôt bien partis. [

Le 19 octobre au Métropolis
avec Midgnight Juggernauts
Infos: 908.9090
www.myspace.com/etjusticepourtous


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